[Interview Ma Team] Nicolas Batum : « Tu as des gars qui sont faits pour le basket »

[Interview Ma Team] Nicolas Batum : « Tu as des gars qui sont faits pour le basket »

Rédigé le 23/11/2019
Antoine Bancharel

Au cœur des vestiaires NBA, les joueurs vous présentent eux-mêmes leur équipe, révélant quelques secrets et tranchants d’autres débats… Aujourd’hui les Charlotte Hornets, avec l’international français Nicolas Batum comme guide de cette visite exclusive.

Nicolas, qui est le plus blagueur dans le groupe ?

« Billy » (Willy Hernangomez)… C’est non-stop avec lui. Chambrage, tout ! (Deux matchs plus tôt, à New York, l’intérieur s’était dirigé vers Frank Ntilikina et Nicolas, en train de discuter sur le banc, avant d’hisser sa main le plus haut possible et clamer « Spain », puis la baisser et lancer « France », marquant une pause pendant que nos Frenchies montaient en pression, pour enfin la mettre au niveau de sa cheville et lâcher « USA ! », dans un fou rire général… on rappelle donc cette anecdote à notre Frenchy) Il fait tout le temps des trucs comme ça, il chambre aussi le Canada via Jay Triano, qui est assistant chez nous… Mais surtout, il a tout le temps la banane, toujours heureux. Et il a vachement d’énergie.

Le plus fort en attaque, c’est…

Malik Monk. C’est le plus athlétique aussi, avec Miles Bridges. Malik, dès le premier entraînement on l’a vu. C’est un talent pur en attaque. On le voit en match, mais à l’entraînement aussi, il nous fait des trucs des fois… (Il secoue la tête et écarquille les yeux) c’est impressionnant. Surtout les dunks, forcément.

Et le meilleur défenseur ?

Bismack (Biyombo). Il a un vrai talent de dissuasion, un bon timing. Et sur les changements, il sait vraiment se sacrifier, donc je dirais Bismack.

Tu pourrais être dans la discussion aussi : même quand c’était compliqué côté utilisation offensive entre toi et James Borrego l’an passé, tu étais quand même envoyé au charbon de manière permanente en défense…

Il m’y envoyait oui. Mais je ne vais pas me nomme moi-même (sourire).

Le plus « gym rat » (bosseur) ?

Devonte’. Devonte’ Graham. Ça explique clairement son bon début de saison. On est tous un peu « addict » à la salle. Mais lui, l’an dernier, il était derrière Kemba et Tony. Donc là il savait qu’il aurait sa chance et il ne voulait pas louper ça. Il a bossé super dur du coup. Et il y est toujours.

Le plus doué, pour qui le basket c’est inné ?

Le plus doué ? C’est entre PJ (Washington) et Malik. Tu as des gars qui pourraient être bons dans n’importe quel sport, et d’autres qui sont vraiment faits pour le basket. PJ et Malik, c’est clair. C’est le basket. C’est en eux.

« Celui qui fait le plus mal dans l’équipe c’est… »

Le plus gros QI basket, ce serait… ?

(Comme il hésite longuement, on lui souffle qu’il a le droit de se nommer, avant d’essuyer un regard désapprobateur) Je vais dire Devonte’ encore. (pause) C’est souvent un meneur… (On réplique « ou un point-forward… », avant de se voir rétorquer: « Arrête, je ne vais pas me nommer moi-même je te dis ! »).

Qui est le plus intimidant physiquement dans l’équipe ?

Celui qui fait le plus mal ? « Billy » (Willy Hernangomez).

Ah oui ? Ah donc sous sa bonne humeur et ses airs de gars souriant, en fait…

Il donne des coups.

Un Espagnol quoi…

(Sourire malicieux)Je ne sais pas si tous les Espagnols jouent comme ça, mais lui oui ! Des petits coups de coude, des écrans bien sentis… (On convient sur le moment qu’il n’est pas la peine de rappeler certains souvenirs de la rivalité France-Espagne…).

Le plus « sappeur » ?

Dwayne Bacon. Ça se voit, si tu vas sur ses comptes Instagram et tout, il en met vachement.

Disciple de Russell Westbrook ?

Pas vraiment, il a son style à lui… C’est différent.

La nouvelle génération se sappe plus que l’ancienne ?

C’est différent. Quand je jouais avec Juwan Howard, il mettait un costume différent par match ! Entre les mecs des années 90 et les années 2010, la différence est énorme. On est passé du baggy au « dress code » et maintenant à la fashion… Mais pour moi, l’exemple qui me vient automatiquement c’est Juwan. (Il insiste) Un costume différent à chaque match !  82 donc… C’était beau. Il avait un super style (on notera que le nouveau coach des Wolverines faisait partie du Fab Five de Michigan avant la NBA, qui avait été parmi les pionniers à amener une culture anti-establishment et pro-Hip Hop, se faisant notamment remarquer par leurs chaussures noires et les uniformes baggy).

Un des premiers à avoir été désigné comme « surpayé » aussi…

Parce que c’était le premier joueur à 100 millions de dollars. Mais il a été All-Star (dès sa deuxième saison, en 1996, juste avant de signer son contrat…), et il a eu ses bagues (en 2012 et 2013, bien plus tard donc, avec de bonnes saisons au milieu, mais jamais au niveau de sa campagne sophomore)…

« On a tous la Xbox en déplacement »

Le plus intello, ou cultivé, qui aime bien lire l’actualité, en discuter, ce genre de choses…

Moi ! C’est moi… (Il corrige) Cody (Zeller) et moi. On aime bien en discuter, tout ça. J’aime bien me renseigner sur plein de sujets, y aller à fond.

Un peu comme le basket, où tes connaissances sont encyclopédiques… On t’a vu travailler longuement sur la vidéo avec l’assistant Chad Iske notamment, là où d’autres expédient un petit peu la chose.

Oui, tout le travail vidéo, scouting report etc., pour moi c’est naturel, c’est normal.

Qui est le plus jeux vidéos ?

Il y en a beaucoup… PJ (Washington)… On a tous notre Xbox en déplacement, déjà. Parfois on joue en ligne. Marvin (Williams) et moi on joue à FIFA, les jeunes ils sont surtout sur Fortnite : PJ, Willy, Miles, Devonte’… Ils sont plus jeux vidéos que nous, c’est clair.

Et moins night clubs ?

Bah non ! Pourquoi ?

Parce qu’il y avait eu un papier l’an dernier, où plusieurs coaches et assistants disaient qu’avec les joueurs d’aujourd’hui, il fallait moins surveiller leurs sorties, mais qu’ils restaient souvent très tard dans leurs chambres à jouer en ligne, notamment à Fortnite

(Peu convaincu) Oui, c’est peut-être un petit peu plus ça…

Le plus danseur, du coup ?

Ouh là ! Il y en a plein. Tous les jeunes, déjà. Oui. Tous les jeunes, surtout.

« Déjà qu’il était à UNC, comme Jordan, donc forcément… »

Le plus compétiteur ?

Marvin. Marvin Williams…

Il s’entend bien avec Jordan du coup…

(Il acquiesce) Déjà qu’ils étaient tous les deux à UNC… Il a une vraie intensité, tout le temps. Il est en mode compétition H24. Il n’y a pas d’entrainement ou autre, l’idée c’est de gagner à chaque fois. Il ne cherche pas forcément des conflits, comme d’autres, par contre.

Le plus famille ?

Marvin et moi. On a des enfants quoi. Moi j’en ai un, Marvin en a deux… Ça se voit d’ailleurs, parce qu’on est toujours les premiers à la salle ! On dépose les enfants à l’école et derrière on y va direct, du coup. On est aussi les seuls qui parfois en déplacement avons femme et enfant(s). Ça crée forcément des discussions que tu ne peux pas avoir avec les autres.

« Il a été élu trois ans de suite meilleur coéquipier »

Le plus sympa, qui aime prend soin des autres, tout ça ?

Marvin, Marvin…

Ça équilibre donc avec son côté compétiteur…

Grave. Il a été élu trois fois de suite meilleur coéquipier de l’équipe d’ailleurs.

Celui qui pourrait être coach ?

Bismack (Biyombo). Il a un truc, une façon de communiquer. Il s’exprime bien quand il y a des messages à faire passer, ce genre de choses. Comprendre le jeu, tout ça, on sait tous à peu près pareil. C’est plus la capacité à t’adresser à un groupe qui fait la différence, et lui il a ça. (Nous sommes ensuite allés en parler avec l’intérieur congolais, qui nous a catégoriquement répondu :« Non ! Jamais de la vie ! Entraineur ? Tu dois penser tout le temps aux matchs, tu ne fais que ça. C’est des heures et des heures à ne penser qu’à ça : le match d’avant, le prochain match… Non. Je préfèrerai rentrer au pays, peut-être faire des trucs politiques, aider sur place, ce genre de choses ». On notera au passage qu’il est déjà très impliqué en République Démocratique du Congo via sa fondation, particulièrement sur la santé et l’éducation, alors qu’il est aussi l’un des trois vice-présidents du NBPA).

Comment définirais-tu l’identité de cette équipe ?

Bosseurs. Des bosseurs. Ils ont commencé à se retrouver à la salle dès juin. Moi j’étais avec l’équipe de France pendant l’intersaison, mais la plupart des gars ont commencé très tôt et continué tout l’été. Ça vient du fait qu’ils savent que c’est nécessaire. Il n’y a pas de star ici, du coup ils savent qu’il va falloir bosser et faire ça ensemble, avoir une vraie alchimie dans le groupe. Par contre, il y a des opportunités à saisir, pour pas mal de joueurs. Ça aussi ça joue.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à Brooklyn