[Saines lectures] Jack McCallum – Golden Days

[Saines lectures] Jack McCallum – Golden Days

Rédigé le 05/01/2019
Antoine Tartrou

Paru le 24 octobre 2017 en anglais, « Golden Days » est récemment sorti au format poche, sans traduction française pour le moment. Dernier ouvrage de Jack McCallum, celui-ci est-il à la hauteur des précédents bijoux de l’auteur tel que « Dream Team » ou « Les Suns, à la vitesse de la lumière » ?
Le sujet n’était pas des plus évidents. D’un côté, Jerry West, figure emblématique des légendaires années 60, déjà deux livres brossant son portrait. De l’autre, les Warriors de l’ère Curry, sans aucun doute l’équipe la plus médiatisée de l’histoire de la NBA. Si l’angle choisi de tisser un lien entre le West du passé dans son costume d’arrière des Lakers et celui du présent dans son rôle de consultant-expert de Golden State est original, on pouvait quand même redouter l’écueil des sentiers déjà maintes fois battus. Mais fondamentalement, n’est-ce pas la patte de Jack McCallum ? Les précédents ouvrages de l’auteur ne traitaient pas moins que des Suns du Run & Gun et de la Dream Team. McCallum s’y distinguait par deux aspects. Le premier : sa capacité à révéler des personnages connues de tous sous des angles nouveaux, d’arriver à faire parler naturellement des hommes si habitués aux codes médiatiques mais sans tomber non plus dans le sensationnalisme (contrairement à ce qu’affirmera un certain S. Marion). Le deuxième : tout simplement un certain talent pour raconter une histoire, broder une narration qui vous donne du plaisir à lire des choses que vous connaissez déjà.
On retrouve indéniablement ces deux éléments dans « Golden Days ». Comme évoqué ci-dessus, Jerry West a acquis un statut assez mythique propre aux joueurs des sixties. Vous avez en Wilt et ses multiples exploits individuels un bon Hercule ou en Russell et sa domination royale un bon Thésée. Pour West, difficile de ne pas y voir un certain Sisyphe, les innombrables défaites en finales faisant l’allégorie du rocher à rouler jusqu’au sommet pour mieux que ce dernier redescende ensuite, le succès apparaissant impossible. Du coup, il aurait sans doute été aisé de reprendre cette histoire maintes fois contée. Ce n’est pas le choix qu’a fait McCallum en se concentrant sur la saison 1972, celle du succès justement pour le Logo avec son premier et seul titre en tant que joueur. Une décision bienvenue car si les années 60 possèdent une historiographie de qualité, difficile d’en dire autant de la décennie suivante.
On y découvre un West meneur de jeu, un brin déboussolé dans une équipe qui n’a plus autant besoin de son scoring maintenant que Gail Goodrich (peut-être le 1st All-NBA le moins connu) et Jim McMillan sont dans le 5 de départ. Idem pour un Chamberlain méconnaissable à la fois dans ses responsabilités offensives (14 pts de moyenne) et dans sa maturité de jeu. Et bien évidemment, l’auteur ne fait pas fis de la retraite d’Elgin Baylor après 9 matchs ou de l’extinction de voix du coach Sharman dès la mi-saison, des anecdotes plus classiques du titre des Lakers.
Mélange de passé et de présent, l’ouvrage nous emmène aussi sur les traces de la construction des Warriors, une rétrospective toujours utile en ses temps de domination de la Baie. On a trop tendance à l’oublier, les strass et paillettes n’étaient pas forcément au rendez-vous lors des débuts de Stephen Curry à Oakland. Un recul à plusieurs dimensions puisque la personne de Mr Clutch, fil conducteur de l’ouvrage, offre également de nombreux parallèles avec la NBA d’il y a 50 ans. Si la concordance des temps est parfois peu évidente, elle est rattrapée par les points de vue incisifs d’un West à l’affût du moindre détail, ce dernier ayant acquis une réputation de dénicheur de talent hors pair et d’un octogénaire que l’on ne peut accusé de passéisme. On y apprendra par exemple que les tirs manqués d’Harrison Barnes amènent à très peu de rebonds offensifs à cause de la rotation qu’il donne au ballon.
Néanmoins, si toutes ses qualités en font un livre très agréable, Golden Days fait pâle figure par rapport aux derniers ouvrages de McCallum. Si West se prête au jeu, on peut difficilement le qualifier de candide dans ses prises de positions. Pas de révolutions, voire même d’évolutions non plus dans les différents focus choisis par l’auteur. Bref, vous ne ressortirez pas changé dans vote vision, que ce soit celle des protagonistes, des différentes époques ou du basket même. Ayant déjà le livre de Roland Lazemby sur West (plutôt à déconseiller), peut-être que je n’étais pas la personne la plus susceptible d’être envoûtée par la tortueuse histoire du natif de West Virginia. Mais peut-être aussi que contrairement à « 7 seconds or Less » ou « Dream Team », l’auteur pouvait cette fois difficilement se targuer d’être au bon moment, au bon endroit, les Strauss, Kawakami, Thompson et cie ayant déjà couverts les Warriors de la tête au pied. Sans regret aucun, Golden Days est un bon livre de basket à lire, ni plus, ni moins.
McCallum avait été invité pour parler de ce livre dans le podcast de Zach Lowe, à retrouver ici.

Golden Days

Ballantine Books

336 pages.

Uniquement en anglais.

Vous pouvez commander le livre sur Amazon, le trouver à la FNAC en attendant peut-être une traduction.