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[Interview] Rudy Gobert : « Le changement de règles, c’est parce qu’ils veulent plus de points »

Rédigé le 30/11/2018
Antoine Bancharel

Utah connaît un début de saison compliqué, et le défenseur de l’année en titre a à cœur d’y remédier. Basket-Infos était à Brooklyn mercredi soir pour s’entretenir avec le pivot.

Rudy, y a-t-il eu des moments de frustration, voire de déception, avec votre début de saison difficile (fond du classement, bien qu’à 5 défaites des Warriors, avec de loin le calendrier le plus difficile de la NBA) ?

Après chaque défaite, il y a de la déception, forcément. Après, on est bien placés pour savoir que regarder le classement en début de saison, ça ne veut absolument rien dire. Il suffit de 4-5 matchs pour inverser la donne… On sait que le plus important, c’est d’abord de comprendre pourquoi on ne gagne pas, et c’est ce qu’on fait. Défensivement, on n’était pas au niveau où on pouvait être. Et d’ailleurs face aux Nets (mercredi soir) on a vraiment bien défendu.

Ça peut être dangereux par contre de se dire « on est déjà remontés l’an dernier » ou « le calendrier sera mieux derrière », non ?

On ne peut pas du tout avoir cette mentalité-là non ! On ne peut pas arriver aux matchs en se disant « bon, celui-là ce n’est pas grave si on le perd ». Mais on sait très bien qu’il y aura toujours des difficultés, par moment, dans la saison. Donc si on reste confiant, que l’on continue à bosser dur et que l’on a la bonne mentalité, on sait qu’on est une bonne équipe, et que l’on va gagner le match, tout simplement.

Vous avez vraiment eu du mal à être constants. Dans les défaites que vous avez subies, il y en a-t-il eu plusieurs où, en sortant du match, vous vous êtes dit que vous n’auriez pas dû lâcher ?

Il y aura toujours des défaites où, on pourra essayer de faire tout ce que l’on veut, on est à deux à l’heure, et malheureusement l’équipe adverse est bien. Ils jouent bien, ils mettent dedans… C’est dur. Mais c’est justement à nous de venir chaque soir avec la mentalité de (il insiste sur ce mot) dominer défensivement. Et il y aura des soirs où forcément on ne mettra pas les shoots. Mais même ces soirs là, on doit quand même gagner. Mercredi on n’a pas rentré nos shoots, mais on a quand même réussi à gagner, grâce à notre défense.

« Le changement de règles, c’est parce qu’ils veulent plus de points »

Vous avez pris 10 points de plus par match cette saison, d’où sont venus vos problèmes en défense justement ?

Il y a eu plusieurs choses. Plusieurs choses. Le changement de règles déjà, je pense que cela nous a affectés. Mais cela ne devrait pas nous affecter autant, en fait. Et contre Brooklyn on a été très bons d’ailleurs. A part le troisième quart temps, où on a péché un peu, mais sinon on a été bons, disciplinés, les extérieurs n’ont pas fait de fautes bêtes. Donc quand on joue comme ça, et que moi je suis à mon niveau, sous le panier, c’est là que l’on est une très bonne défense.

Les adversaires sont-ils un peu plus méfiants cette année aussi ?

Je pense que cela fait quelques années qu’ils le sont. Cela fait deux ans que l’on est au deuxième tour des playoffs notamment (ils étaient un peu une surprise en 2017 et la plupart les voyaient chuter après le départ d’Hayward cependant). On essaie de jouer à notre meilleur niveau tous les soirs, et les équipes se préparent pour nous aussi, forcément. On sait que c’est à nous de continuer à faire ce que l’on fait bien, continuer à évoluer, et tout va bien se passer.

Qu’est-ce que ça fait justement, sur le terrain, quand ils changent les règles comme ça ?

C’est dur quand tu joues avec les mêmes habitudes pendant toute ta carrière, et que d’un coup il y a des changements de règles… Et c’est parce qu’ils veulent plus de points, bien sûr ! Ils veulent que les extérieurs puissent faire plus de choses sans être gênés par le jeu physique… Donc forcément, c’est dur ! Mais ça ne nous empêche pas complètement d’être (il insiste sur le mot) physique ! C’est juste plus dur à faire, il faut être plus concentrés. Il faut le faire les mains en l’air et voilà… Nos extérieurs font un très bon boulot pour s’adapter, et on va continuer de progresser.

« Le classement ne veut rien dire »

Et du côté de l’attaque ?

Quand on fait des stops défensifs, déjà, ça devient beaucoup plus facile pour nous de marquer de l’autre côté. On réfléchit trop des fois aussi, et du coup on perd le ballon. Ça marche beaucoup mieux quand on joue simplement, qu’on joue agressif, en faisant tourner le ballon. Mais ça tient vraiment à notre défense. Contre Brooklyn, quand on a eu 8 points de retard, on savait que si on se mettait à vraiment jouer en défense pendant un quart temps entier, on allait gagner le match. On ne doit pas jouer en fonction du score. On doit juste jouer, être nous-mêmes, pousser tout le match… C’est ça qui nous a permis d’avoir du succès dans le passé.

Beaucoup disent que tu es de plus en plus leader, même si ce n’est pas nouveau. Est-ce que c’est parce que tu communiques plus ?

C’est surtout que je pousse plus les autres à communiquer. J’ai toujours communiqué sur le terrain, mais c’est important aussi de s’aider les uns et les autres à communiquer. Pour beaucoup de gars, ça ne vient pas naturellement. J’essaie de faire que ça devienne naturel pour tout le monde.

Le dunk décisif et plein de rage à la fin contre les Nets, c’est pour évacuer la frustration du début de saison ?

J’essaie d’apporter un peu de rage tous les soirs ! Il en faut, il en faut ! Sur cette action-là, j’ai essayé d’être agressif. Je suis parti au panier, j’ai vu qu’il y avait l’opportunité de dunker et je l’ai fait (sourire).

Vous apprenez dans le vestiaire avant le match qu’Alec Burks est échangé pour Kyle Korver… Ça fait quoi ce genre de nouvelle ?

J’étais avec « AB » depuis la Draft ! Depuis que je suis en NBA. C’est dur… Mais en même temps, on sait tous que la NBA est un business. Et je suis excité d’avoir Kyle (Korver) dans notre équipe !

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à Brooklyn