[Interview] Rudy Gobert : « Il n’aura jamais le même rôle ici qu’il avait à Memphis, certains ont du mal à le comprendre »

Rédigé le 05/03/2020
Antoine Bancharel

Les changements d’effectif, le rôle de Mike Conley, les ambitions du Jazz avant les playoffs… et même un passage croustillant sur Frank Ntilikina. Tour d’horizon avec le Français All-Star.

Rudy, après des défaites en série, le Jazz enchaîne enfin un peu les victoires à nouveau. Ça tient à ce que l’on a vu ce soir après la mi-temps, où l’équipe a offert un visage plus régulier et concentré ?

C’est comme ça que l’on devrait jouer tous les soirs. C’est ça le Jazz. On ne peut pas le faire que contre des équipes moins bien classées non plus (ils affrontaient les Knicks, dont ils ont disposé 104-112, avec jusqu’à 21 points d’avance). On doit être capables de le faire quand les choses se compliquent, ou quand on joue de grosses équipes. Quand on communique, que l’on défend vraiment et que le ballon tourne en attaque, nous sommes une très bonne équipe.

La confiance revient du coup ?

On doit rentrer sur le parquet tous les soirs avec la même confiance. Savoir que l’on peut être la meilleure équipe défensive de toute la NBA. Et que quand le ballon tourne, on est très durs à défendre. Si on fait ces deux choses-là, on peut battre n’importe qui.

Comment définirais-tu la plus grosse différence avec l’an passé ?

La différence, c’est qu’on a perdu en taille, mais qu’on a plus de shooting. On a des joueurs qui peuvent vraiment mettre dedans, on a des joueurs qui peuvent créer. On a donc un peu plus d’armes offensivement, mais on a moins de taille, donc on doit être un peu plus « focus » et plus durs en défense.

Vous avez donc tiré les leçons ?

On n’arrivait pas à mettre un panier… On shootait genre 20% sur les paniers ouverts à trois points. C’est pour cela que le Jazz a vraiment voulu améliorer notre shooting. Et je pense que contre des équipes comme Houston (qui les avait éliminés et qu’ils pourraient retrouver dès le premier tour), qui jouent petit et ferment beaucoup la raquette, cela va être la clé.

Quelles sont les priorités actuelles ?

On essaie vraiment de se concentrer sur nous. De jouer match après match, de gagner match après match, de progresser. Pour retrouver notre identité, et qu’une fois que l’on sera en playoffs, on sera en très bonne position. Si l’on avait l’avantage du terrain, ce serait top. Et quand ce sera le moment, j’espère que l’on sera prêts.

L’ambition, c’est carrément de jouer le titre ?

C’est l’objectif. Ça fait 20 ans que les fans attendent ça à Utah. On a fait une progression constante, à nous de franchir un palier, avec les changements opérés.

« On commence à voir le vrai Mike Conley »

On parle beaucoup de Mike Conley, recrue clé cet été, mais pas encore régulier avec vous. Ses dernières performances sont de bon augure ?

Il est agressif. Quand il a le ballon comme ça, en début de match, il va aller chercher ses coéquipiers, comme un vrai meneur, ce qui du coup nous fait tous monter en régime. Et une fois que le banc rentre sur le terrain, il est capable d’aller chercher des paniers pour lui, d’attaquer le cercle et prendre des points. Je pense que sa blessure l’avait diminué quelque part, depuis le début de la saison. Mais ce soir, comme récemment, on commence à voir le vrai Mike.

Son adaptation lente, ou irrégulière, est-elle aussi due à un rôle désormais très différent de ce qu’il a fait pendant douze ans à Memphis ?

Il n’aura jamais le même rôle ici qu’il avait à Memphis. Certains ont du mal à le comprendre. Là, c’est plus un organisateur. Son rôle n’est pas le même ! On ne demande pas à Mike de mettre 20 points par match cette année. Ce n’est pas son rôle, tout simplement. Il va le faire parfois, bien sûr. Et on en aura besoin ! Dans certains moments. Mais on a surtout besoin qu’il prenne les bonnes décisions et qu’il joue pour les autres.

On voit aussi des joueurs, plus dans l’ombre, qui en profitent. Comme Royce O’Neal, sur lequel les équipes oublient encore de défendre à 3pts…

C’est quoi son pourcentage, 42% ? Hey, ça nous va ! S’il le prend, c’est cash ! (Rires)

Par contre on te voit souvent faire des matchs à seulement 5 ou 6 tirs, alors qu’il y a plusieurs possessions d’affilée où tu es seul sous le panier, ou avec la position. Comment cela se fait-il ?

Écoute on travaille, on travaille. De mon côté, j’essaie de m’améliorer là-dessus. Et mes coéquipiers continuent de travailler pour essayer de me trouver comme il le faut. Donc on va essayer de continuer de travailler, et j’espère qu’à l’arrivée des playoffs, on sera bien. Parce qu’on peut le faire.

« Le cadre n’est pas facile pour Frank… »

Ce match était aussi l’occasion pour toi de retrouver Frank Ntilikina, ton coéquipier en bleu l’été dernier… Que penses-tu de son évolution ?

Je pense qu’il s’améliore chaque année. Sa confiance est remontée, il bosse dur, et d’évidence c’est un très bon défenseur. J’aime aussi la manière dont il essaie de faire l’action qu’il faut pour gagner. Que ce soit pour lui ou pour ses coéquipiers. C’est un processus, et il a besoin d’être dans un système qui reconnaît ça. Qui sait le prendre en compte. Qui favorise cette approche même. J’espère que les Knicks s’y mettront.

En gros, le cadre n’est pas idéal pour son développement ?

Bah le cadre… Ce n’est pas facile d’avoir un cadre comme celui-ci, où tu sens qu’il y a beaucoup, beaucoup d’individualités, et que chacun essaie de faire son petit truc. J’ai l’impression qu’il n’y a pas vraiment de principe pour eux, en défense… Donc c’est dur pour un joueur de ce calibre (il insiste sur ce mot), en défense, de venir et de se dire de défendre, alors que les autres ne font pas forcément le travail défensivement. Je pense qu’ils vont se trouver une identité à un moment, et quand ce sera le cas, Frank sera une partie très importante de ce groupe.

Avez-vous discuté des Jeux olympiques à venir ?

Il m’attend là, donc on va aller en parler maintenant… (clin d’œil).

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York