[Interview] Nicolas Batum : « J’y serai, ça va être un grand moment »

[Interview] Nicolas Batum : « J’y serai, ça va être un grand moment »

Rédigé le 11/11/2019
Jean Bideau

Victime d’une fracture du doigt dès le premier match de la saison contre Chicago, Nicolas Batum prend son mal en patience en attendant de pouvoir revenir à la compétition. Sans lui Charlotte a pour le moment un bilan de 4 victoires pour 6 défaites après 10 matchs. Sa santé, les Hornets, son rôle, le retrait du maillot de Tony Parker ce soir, Michael Jordan, l’équipe de France… l’ailier a abordé de nombreux sujets avec nous avant de s’envoler pour le Texas :

Comment se passe ton travail pour ton retour de blessure ?

C’est la main gauche, donc je peux quand même continuer à m’entraîner basket sur le terrain au moins, à bouger sur le terrain, à shooter progressivement en m’adaptant à la douleur, la blessure, etc. Après tout ce qui est contact bien sûr. C’est la première fois que j’ai fait contact aujourd’hui depuis 20 jours. On a fait une radio hier et ça se consolide bien, il fallait faire attention à ça. J’ai pu rester en conditions de jeu basket et faire du cardio depuis le début (de sa blessure).

Tu as affirmé être à l’aise avec le fait de sortir du banc plutôt que de commencer les matches.

Ouais j’ai été voir le coach en mi-préparation et je lui ai dit que je trouvais ça plus logique de rester avec le 5 qui était actuellement avec PJ (Washington) dedans. Il a accepté donc on est restés comme ça.

Comment penses-tu pouvoir impacter le jeu en sortant du banc ?

De la même façon. C’est de jouer mon jeu. Avec Marvin Williams on est les deux vétérans de l’équipe en sortie de banc c’est vraiment des fois, comme ils sont jeunes et qu’il y aura parfois des choses différentes. Donc nous en sortie de banc on a peut-être une meilleure expérience des fois pour régler d’autres trucs et en même temps accompagner les jeunes, etc. C’est un peu ce que l’on attend de nous cette année.

Et comment peux-tu les aider ces jeunes joueurs ? Quels conseils peux-tu leur donner ?

C’est vraiment dans l’intensité défensive, comment bouger le ballon, rester en équipe, ne pas se disperser. « Faire le vieux » entre guillemets. C’est vrai que c’est une équipe très très jeune. On sait que l’on va devoir faire beaucoup cela.

Est-ce qu’il y a un de tes jeunes coéquipiers qui t’a particulièrement impressionné ?

PJ (Washington) et Devonte (Graham). Devonte était troisième meneur l’année dernière derrière Kemba (Walker) et Tony (Parker), donc c’était plus dur pour lui de tirer son épingle du jeu. PJ c’est vrai que, je l’ai vu en match et en entrainement, j’ai dit au coach qu’il fallait le lancer tout de suite. Il ne faut pas trop réfléchir. C’est pour moi le plus gros potentiel de cette équipe. Je pense que pour beaucoup de monde aussi.

Devonte fait aussi un énorme début de saison et confirme le talent qu’il a et PJ est en train de s’installer dans cette équipe-là comme le mec qui devrait être là pendant des années.

Beaucoup de previews d’avant-saison annonçaient les Charlotte Hornets au bas de la conférence Est. Néanmoins, la forme de l’équipe a été plutôt bonne avec un bilan plus que respectable (4 – 5 avant le début de la rencontre face aux Sixers). Est-ce que atteindre la 8ème place de la conférence Est est un objectif atteignable ?

Alors les playoffs, on va faire chaque chose en son temps. Bien sûr tu entends ce qui se passe, ça touche aussi mais on ne va pas non plus accepter ça. On reste des joueurs NBA qui savent jouer au basket, on sait que ça bosse beaucoup depuis le début. Ça travaille beaucoup en défense surtout. Alors oui il y aura des matches compliqués. Ça va être une équipe très jeune, différente. On va essayer de rester dans nos matches à chaque fois, de donner le meilleur de nous-même et de travailler et de respecter les règles et les consignes du coach. Et tant qu’on aura la bonne attitude, je pense qu’on aura des résultats satisfaisant et on pourra continuer à grandir. C’est plus un « process ».

Tu étais le capitaine de l’équipe de France en Chine cet été équipe pour la Coupe du Monde, qui a d’ailleurs décroché une médaille de bronze. Est-ce que tu comptes mener cette équipe pour les JO 2020 à Tokyo ?

C’est vrai que quelque chose a été commencé. C’est une nouvelle ère, il y a beaucoup de joueurs qui sont capables qui sont maintenant capables de jouer dans cette équipe-là. Il y a beaucoup de jeunes qui suivent derrière. Il y a des mecs qui ont eu un nouveau rôle et qui ont sauté dessus comme Evan (Fournier) ou Rudy (Gobert). Frank Ntilikina aussi qui a été là derrière. Donc c’est différent de ce que j’ai pu connaitre auparavant. C’est toujours aussi plaisant avec l’équipe que l’on a. Et c’est vrai que j’ai eu la chance de traverser une ou deux générations et d’avoir des médailles quasiment à chaque fois.

En parlant de tes coéquipiers en Equipe de France, es-tu toujours en contact avec eux ? Est-ce que tu donnes des conseils aux moins expérimentés d’entre eux dans la ligue, notamment Frank Ntilikina et Vincent Poirier ? 

Avec Frank on se parle de temps en temps, on est toujours en contact entre Français. Je suis content pour lui parce qu’après la coupe du monde qu’il a faite et surtout le bagage confiance qu’il a engrangé. Au-delà de la technique, c’est le cap mental qu’il a passé. J’ai regardé le match contre Detroit d’abord et Dallas ensuite, il avait un « body language » totalement différent. Maintenant il sait qu’il a sa chance, qu’il est lancé. Ce qui est marrant c’est qu’il y a une différence avec et sans lui sur le terrain. Que ce soit en défense ou l’organisation du jeu en attaque. C’est là où entre guillemets c’est une bonne chose pour lui. Il faut qu’il continue sur sa lancée parce que des fois c’est ce qu’il faut en NBA une opportunité. C’est ce que j’ai connu auparavant. Quand c’est ta chance qui arrive il faut vraiment sauter dessus et c’est ce qu’il est en train de faire.

Et puis Vincent il débarque dans une grosse équipe. C’est différent, je l’ai vu la semaine dernière il est dans la bonne mentalité. Son équipe gagne donc il est content, il bosse et pareil quand son nom va être appelé il sera prêt.

Les Spurs retirent le maillot de Tony Parker ce soir…

J’y serai demain pour le retrait de maillot. On rentre ce soir à Charlotte et je prends l’avion demain à 13h pour aller à San Antonio avec ma femme. Willy Hernangomez est également invité, ce sera le représentant espagnol.

On a le droit de venir comme le coach a été invité aussi, donc on a le droit de passer la nuit là-bas également. Ça va être cool. Ça va être un grand moment. Je suis content de participer à ça, d’être témoin de ça. Il y aura tous ses potes, il y aura tout le monde : Boris (Diaw), Rony (Turiaf), Ian (Mahimi), Evan (Fournier), tous les gens de l’ASVEL, tous ses potes, tout le monde. Ça va être un grand moment que l’on va partager avec lui et c’est une bonne chose qu’il mérite amplement.

Avec Tony justement, tu t’es lancé dans le projet ambitieux de l’ASVEL. Tu as déjà eu cette expérience de gestion de club au Caen BC. Est-ce qu’après ta carrière de joueur, situation de General Manager ?

Oui pourquoi pas. Bien sûr c’est dans mes plans, je ne vais pas mentir. C’est ce que j’ai en tête c’est ce que j’aime faire. Coach non, je ne pense pas, quasiment sûr que non, même s’il ne faut jamais dire jamais, mais j’en suis quasiment sûr que non. Mais dans ce monde-là pourquoi pas.

C’est vrai que ce que l’on fait avec Tony Parker, Gaëtan Muller, François Lannier, avec les filles et Maria-Sophie Obama et toute l’équipe que l’on a. C’est vrai que l’on y prend du plaisir, que tout le monde est dans la même direction, tout le monde a la même vision et tout le monde respecte le projet. Il y a des hauts et des bas, ce n’est pas lisse à chaque fois mais on est sur la bonne route. Ce qu’on montre en Euroleague c’est très bien. On sait qui on a, on sait les joueurs que l’’on a, on sait la mentalité qu’il y a dans les vestiaires et dans la salle, le public répond toujours présent. C’est bien ce que l’on fait pour l’instant. Pour nous on mérite d’être là, on fait tout pour montrer que l’on est parmi les grands d’Europe. La compétition (l’Euroleague) on la joue à fond et les équipes qui viendront à l’Astroballe devront batailler dur parce qu’on ne lâchera pas, qu’on ne donnera pas de victoires aux adversaires facilement.

Tu as une relation avec Michael Jordan qui a toujours été bonne. Est-ce qu’elle a évolué depuis que tu es à Charlotte notamment depuis que tu as ce rôle de vétéran au sein de la franchise ?

Oui bien sûr. Michael est quelqu’un de très abordable. On a son image du grand personnage basket que c’est mais j’ai toujours eu une bonne relation avec lui. L’année dernière on a fait un séminaire à Monaco fin juin, ça s’est très très bien passé. Il est passé en France à Paris pour le Quai donc c’était des bons moments. Et comme je suis blessé je parle beaucoup avec lui sur le banc pendant les matches.

Ce n’est pas trop impressionnant de parler à cette icône du basket ?

Au début si, mais après on arrive à mettre l’homme avant. Dans les vestiaires avec nous il est posé, il nous parle normalement. Il t’envoie des messages, des textos, il te parle, te conseille. Ça reste un homme avant tout, même si parfois on a tendance à oublier. Tu arrives au final à faire la part des choses, même si ça reste le dieu vivant du basket.

Propos recueillis par Jean BIDEAU