[Interview] Frank Ntilikina : « Peut-être qu’un autre contexte m’a fait du bien »

[Interview] Frank Ntilikina : « Peut-être qu’un autre contexte m’a fait du bien »

Rédigé le 19/09/2019
Hugo Givernaud

En galère avec les New York Knicks lors de ses deux premières saisons en NBA, Frank Ntilikina a peut-être eu un déclic avec l’équipe de France. Il sort d’une belle coupe du monde lors de laquelle il a montré des choses très intéressantes des deux côtés du terrain, et revient surtout avec une nouvelle médaille, lui qui a été sur le toi de l’Europe avec les U19. Entretien :

Bonjour Frank et félicitations pour la médaille de bronze ! C’est la fin de ta première compétition avec l’Equipe de France, comment tu l’as vécue et qu’est-ce que ça représente pour toi ?

C’était un honneur d’avoir représenté le maillot et la France sur une compétition internationale et j’en suis vraiment reconnaissant. C’était une aventure fantastique. J’ai beaucoup appris en tant que joueur et en tant qu’homme avec un groupe magnifique et une ambiance magnifique. Comme Vincent (Collet) l’a dit, on a eu un très bon état d’esprit. Au niveau humain, c’était super. Au niveau basket on n’a pas fini avec ce que l’on voulait avoir, mais rentrer à la maison avec quelque chose, une médaille de bronze, il ne faut pas cracher dessus. On a fait quelque chose d’énorme, on a eu un tournoi compliqué avec de très gros matches. Un groupe s’est créé, on a montré du caractère. C’était une très belle aventure. Retrouver les terrains… Ca faisait longtemps que je n’avais pas joué au basket avec une vraie compétition. Jouer au basket, jouer une Coupe du Monde, c’était quelque chose d’énorme pour moi.

On t’a senti monter en puissance au fur et à mesure de la compétition, comment l’expliques-tu ? 

C’était juste me retrouver moi et mon basket. Je suis resté sur la touche assez longtemps. Tu te remets en question et ça t’aide par rapport à la vision du jeu et ça te fait du bien. Peut-être qu’un autre contexte m’a fait du bien. Être capable de m’adapter, mais aussi tirer le meilleur de cette situation c’était un challenge qui était d’un haut niveau que je devais relever. Je me suis dit qu’il fallait tout donner pour le maillot, mais aussi pour la suite de ma carrière. Ca s’est bien passé sur le plan individuel et j’en suis reconnaissant.

On t’a vu en mission défensive sur plusieurs attaquants d’élite, ce sont des challenges qui te motivent particulièrement ? 

Bien sûr ! Tout d’abord c’est apporter ce que l’on peut apporter à l’équipe des deux côtés du terrain, en attaque, mais aussi en défense. Je sais que j’ai des aptitudes et notamment un corps qui me permet de gêner mon adversaire. Mais aussi on avait un groupe qui était très concentré sur ces points-là. C’est ce qui nous a permis de gagner certains matches. Le challenge c’est de donner chaque soir ce qu’on peut donner à l’équipe. Comme je l’ai dit que ça soit offensivement ou défensivement, je vais tout donner.

Tu t’attends à reproduire ce que tu as montré pendant le tournoi avec les Knicks la saison prochaine ? 

Oui ! Je vais essayer de tirer le meilleur de chaque opportunité. Bien sûr ça va être un autre contexte avec un challenge relevé. A moi d’être assez fort pour y arriver.

Tu as mis un énorme shoot contre Team USA pour prendre 7 points d’avance, raconte-le nous, qu’est-ce que tu as ressenti ?

J’étais content que le tir rentre ! C’était un tir en fin de possession donc je savais que je devais faire un move pour me décaler, créer de l’espace et prendre le tir. Je l’ai pris avec confiance. Quand je l’ai lâché, je me suis dit que je l’avais travaillé et la confiance que j’ai eue m’a permis de mettre ce tir. La confiance donnée par mes coéquipiers m’a permis de mettre ce genre de tirs. C’est rentré donc j’étais content et je me sentais bien et ça m’a donné encore plus envie de tout donner jusqu’à la fin du match.

Toute la palette que tu as pu montrer pendant la compétition avec du catch & shoot en sortie d’écran, des tirs en sortie de dribble, c’est quelque chose que tu veux faire chez les Knicks ou tu veux encore élargir ta palette ? 

Je pense que je suis un joueur complet qui voit bien le jeu, un joueur polyvalent. Il faut que je travaille pour reproduire ça à très haut niveau et devenir le meilleur joueur possible. L’étape d’après, c’est transférer ça en NBA.

 Tu n’as pas eu l’impression d’être bridé par les blessures et ta situation en NBA ? 

C’est aussi une période d’adaptation. La NBA c’est un autre style, un autre pays et une vie de tous les jours différente. Ce n’est pas forcément évident, surtout par rapport au basket, à New York. Pour certains ça peut prendre un ou deux jours, pour d’autres plus longtemps. Je sais juste que je suis motivé, déterminé à travailler mon jeu pour franchir ce cap et réussir dans un autre contexte. Si je veux atteindre mes objectifs personnels à long terme, il faut passer par là.

Tu es aujourd’hui médaillé de bronze d’une Coupe du Monde à 21 ans, est-ce que tu arrives à avoir du recul là-dessus et te rendre compte de ce que ça représente ? 

C’est fou. On en parle pas souvent parce que j’essaye de switcher vite et de me dire qu’il faut que j’aille chercher plus, mais il faut prendre le temps de se rendre compte de là où on est, surtout pour moi qui ai été blessé pendant très longtemps. J’ai appris à apprécier les choses. Quand on m’a convoqué en Equipe de France c’était déjà quelque chose de très fort pour moi surtout après avoir été blessé pendant très longtemps. J’ai envoyé un message à mon frère, pour moi l’Equipe de France c’était Tony Parker, Evan Fournier, Nicolas Batum, Thierry Henry, Zinédine Zidane, c’est quelque chose de fort. Quand j’étais jeune l’Equipe de France c’est quelque chose qui me faisait rêver. Quand j’ai appris que j’étais convoqué la première fois juste pour aller faire un stage en Equipe de France, c’était une dinguerie. Au fur et à mesure, quand on me dit « Tu vas être pris dans les 14, dans les 12, tu vas aller en Chine, jouer la Coupe du Monde ». La Coupe du Monde ! Très vite je m’enferme, je me dis qu’il faut que j’aille travailler pour faire une bonne compétition, mais j’ai des gens dans mon entourage, notamment un de mes meilleurs amis, qui me disent de prendre le temps d’apprécier et que ce n’est pas donné à tout le monde de jouer une Coupe du Monde à 21 ans. Quand on est blessé et absent longtemps du jeu qu’on aime, on apprend à apprécier les choses et j’en suis reconnaissant. Certes on voulait tous la médaille d’or, mais ça va nous permettre de progresser pour les prochaines années. Moi je sais que je vais apprécier cette aventure et qu’elle va me donner encore plus envie pour les années à venir. Elle ne me suffit pas, mais oui, ça veut dire quelque chose.

C’est compliqué dans une carrière de se dire fier de ce qu’on a accompli et de repartir ensuite au travail ? 

Après j’ai tendance à trop switcher, ne pas assez apprécier, mais il faut savoir le faire, sinon on ne se rend pas compte de la valeur des choses et c’est important.

La prochaine étape après cette Coupe du Monde, c’est les Jeux Olympiques et mieux encore 2024 à Paris si tout va bien, qu’est-ce que ça représente pour toi surtout avec les attentes autour de l’Equipe de France de basket qui y est plus médiatisée que le reste du temps ?

C’est beaucoup d’excitation, un honneur, une motivation énorme. Ca nous a fait du bien de rentrer à la maison, on se disait qu’on sortait d’un mois de compétition en Chine, mais qu’est-ce que ça pourrait être qu’un mois de compétition en France ! Ca serait énorme. On est qualifiés aux JO, c’est une belle récompense pour notre groupe, c’est fort et représenter la France pendant cette compétition ça serait pour moi encore un honneur.

Ca te motive encore plus avec les Knicks cette médaille de bronze ?

Bien sûr. Quand tu goûtes à la victoire, c’est un sentiment qui te transcende, cette faim pour en avoir encore plus. On a eu pas mal de victoires, on est revenu avec quelque chose, ça me donne envie de bosser encore plus pour amener cette sensation à New York.

Ils t’ont félicité ? 

Oui, bien sûr ! »

Propos recueillis par Hugo Givernaud