[Interview] Evan Fournier : « C’est vraiment un manque de respect pour les joueurs ce qu’ils ont fait »

[Interview] Evan Fournier : « C’est vraiment un manque de respect pour les joueurs ce qu’ils ont fait »

Rédigé le 16/09/2019
Hugo Givernaud

24 heures après avoir décroché une belle médaille de bronze, les bleus étaient de retour à Paris, contents de ne pas être revenus les mains vides, mais aussi avec des regrets alors qu’une opportunité d’or s’est présentée après la victoire historique face à Team USA. Evan Fournier, élu dans le 5 de la compétition et auteur d’un énorme tournoi, est longuement revenu sur cette compétition, les performances des bleus, les siennes puis aussi la fameuse médaille.

Bonjour Evan, on t’a vu tweeter sur le retour en France, content d’être rentré à la maison ?

Franchement la Chine j’en pouvais plus. Faire une compétition c’est long, on y est arrivé 10 jours avant pour se préparer avec le décalage horaire notamment. Je suis content d’être de retour oui.

Même si ce n’est pas la médaille que tu souhaitais, gagner le dernier match c’est quand même finir de la meilleure des manières !

La meilleure des manières, non. C’est mieux de repartir 3e que 4e c’est sûr. J’ai connu la 4e place sur les Championnats d’Europe U16 et c’est un de mes pires souvenirs. Terminer sur une victoire c’est positif, mais ça n’enlève pas les regrets. C’est mieux de terminer comme ça.

Est-ce que ça restera une blessure cette demi-finale ?

Bien sûr, surtout quand on regarde la finale. Les Argentins nous ont battus et il faut leur donner le crédit, mais je ne suis pas sûr que si on rejoue 10 fois on perde plus souvent.

Finir avec une médaille et une qualification directe aux JO, c’est une bonne chose, il y a quand même plein de promesses pour l’avenir.

Il y a de très bonnes choses à retirer de ce championnat du monde bien sûr qu’on rêvait d’être champions du monde, surtout qu’il y avait de la place pour le faire. C’est pour ça que j’étais très ému après la petite finale. Ça s’est vu sur ma tête, mais il y a énormément de positif. Comme l’a dit Vincent c’est un groupe qui s’est créé, un groupe nouveau. On peut tirer des enseignements sur nous-mêmes et ça nous fera avancer.

Un groupe nouveau avec un Evan Fournier responsabilisé, quel bilan individuel tires-tu de ta compétition ?

J’ai fait une compétition à l’image de l’équipe. Je suis passé à travers la demi-finale. On a globalement fait un très gros tournoi et c’est aussi pour ça que j’ai mes regrets personnels. J’aurais aimé pouvoir faire plus pour pouvoir mener les gars vers cette finale. Je m’en veux.

Les larmes sur le podium, ça vient de là ? Tu n’es pas le seul responsable de la défaite.

C’est un mélange de plusieurs choses. Il y a des joueurs qui ont plus de responsabilités sur le terrain. En tant que leader, tu te dois de trouver les ressources personnelles pour aider ton équipe quand elle en a eu besoin. Je n’ai pas réussi, je m’en veux. Bien sûr que je ne suis pas le seul fautif, mais je suis un des principaux coupables

Evan, une médaille de bronze mondiale, un coup de gueule du président Siutat sur le manque de soutien du gouvernement, le président Macron qui s’était rendu en Russie et ira au Japon cet été pour le rugby, qu’est-ce que ça vous inspire ?

Le gros problème avec le basket en France c’est que malheureusement le championnat le plus attractif et le plus suivi c’est la NBA, aux États unis et que c’est difficile à suivre pour les Français. C’est loin, avec le décalage horaire et les joueurs majeurs ne jouent pas en France. C’est un challenge, un dilemme, mais je trouve ça regrettable. Le basket c’est le deuxième sport (collectif, ndlr) en termes de licenciés, c’est un sport où on est performant donc c’est regrettable. Je ne dis pas que le rugby ne mérite pas son attention, mais nous méritons beaucoup plus.

Est-ce qu’avec les déplacements, vous êtes plus fatigués que sur d’autres compétitions ?

Je n’ai jamais été fatigué comme ça. C’est pour ça que j’ai craqué à la fin aussi. Je suis épuisé, vous ne vous rendez pas compte. Entre chaque match, on partait à 8h, on arrivait à 16h. On prenait 1h30 de bus, des avions de ligne avec de l’attente et encore le bus. Ce qu’a fait la FIBA c’est inacceptable, c’est du foutage de gueule.

D’autant plus avec certaines inégalités de traitement entre les équipes.

En plus. Avant les USA, ils font 60km, on en fait 1200. C’est vraiment un manque de respect pour les joueurs ce qu’ils ont fait

On imagine donc que pour toi le programme jusqu’au training camp ça sera repos.

Ah oui repos complet (rires). Je vais me reposer, profiter de Paris pendant 10 jours et m’y remettre petit à petit en rentrant à Orlando. C’est un avantage pour le training camp, je serai déjà en forme et je devrai surtout faire attention à la récupération.

Qu’est-ce que tu penses que ça va t’apporter cette Coupe du Monde ?

Ce n’est pas que sur l’année à venir, mais tu apprends. Tu apprends sur les autres et sur toi-même. C’est une compétition de niveau mondial, tu fais des matches couperets et tu n’oublies jamais ça.

Est-ce qu’en Chine on arrive à voir les messages et sentir les encouragements sur les réseaux sociaux ?

Personnellement je ne regarde pas les réseaux pendant les compétitions.

C’est une satisfaction d’être dans le 5 de la compétition ?

Ouais c’est cool. Si on avait gagné, j’aurais été MVP. Après je n’étais pas venu là pour ça. Ça vient ensuite, les joueurs récompensés il le sont par leur résultat collectif.

Des joueurs en particulier vous ont impressionnés ?

(il prend le temps de la réflexion) Scola, ce qu’il nous a fait à son âge c’est impressionnant. C’est des gars comme ça qui te donnent envie de jouer au basket et te montrent que tu peux rester performant tout en étant vieux.

Est-ce que ta réaction après la petite finale, ce n’est pas un ras-le-bol de la lose magnifique à la française par rapport à cette culture espagnole de la gagne par exemple ?

Je pense que j’étais juste déçu. Je suis comme ça, je ne sais pas faire semblant. Je ne suis pas dans le paraître. Cette médaille je n’avais pas envie de la mettre autour du cou, j’ai fait un effort pour la garder deux secondes. Voilà, je suis comme ça. Je suis un compétiteur, je vis dans ce milieu-là depuis que je suis gamin. À la maison, je n’ai jamais entendu que 3e c’était bien. Je pense qu’il faut qu’on évolue sur nos mentalités, se contenter de certaines places et qu’il faut qu’on vise l’or. Même si aux JO les Américains ramènent leur meilleure équipe, il faut qu’on vise l’or. Tu ne peux pas démarrer une compet’ sans vouloir la gagner. Ce n’est pas que dans le sport. Toi quand tu es journaliste tu veux faire le meilleur papier possible. Il faut qu’on vise l’élite à chaque fois dans tout ce qu’on fait.

Vous visez l’or olympique à Tokyo ?

Évidemment. Tu ne peux faire une compet’ pour finir 2e. Il faut être conscient de la réalité. Bien sûr que si les Américains viennent au complet ils seront favoris et que les battre sera très dur. Après c’est du sport, tout est possible sur un match. Ils sont comme nous. Il faut y aller pour gagner.

On a beaucoup entendu parler d’une sorte de famille qui s’était créée, qu’est-ce que tu peux en dire ?

C’est exactement ça. On a vraiment créé un groupe même si c’est dur à expliquer. On a eu une entente extraordinaire. Il y a une vraie hiérarchie avec des leaders, des soldats et des lieutenants. Ça aide, chacun est épanoui dans son rôle. Le groupe vivait extrêmement bien, même dans les moments durs. Je ne m’attendais pas à ça parce que le groupe n’avait pas de vécu.

C’est la première fois que tu ressens ça en Équipe de France ?

On en avait déjà pas mal par le passé en 2014 et 2015 notamment, mais à ce point-là oui.

Ce rôle de patron, est-ce que tu veux l’assumer à Orlando ?

J’ai déjà beaucoup de responsabilités. Est-ce que j’en veux plus ? Bien sûr. Vous commencez à me connaître. Plus j’ai de responsabilités, plus je me sens épanoui et performant. J’aime avoir les balles en fin de matches et je les ai souvent. Au Magic il y a une dynamique différente avec Nikola Vucevic qui est all-star.

Par rapport au groupe, c’est aussi le travail de Vincent Collet, qu’est-ce qui a changé chez lui ?

Il y a eu une grosse évolution du staff et une vraie remise en question après l’Euro. Vincent a beaucoup travaillé sur sa communication, sur le fonctionnement du groupe. Ca s’est ressenti et il faut les féliciter sur ça. On peut sûrement faire mieux, mais oui ils ont une grosse part de responsabilité sur cette campagne.

Par rapport à Frank Ntilikina, il était en pleine confiance, ça t’a surpris ?

Ah non pas du tout. Il ne m’a pas surpris. C’est ce qu’il faut espérer de Frank. C’est un très bon joueur, il est dans une situation merdique (sic) à New York. Il n’a pas l’occasion de montrer ce qu’il sait faire. En NBA ça dépend aussi du système »

Propos recueillis par Hugo Givernaud

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