[Grosse interview] Nikola Vucevic : « J’ai envie de tout faire au All-Star Game ! »

[Grosse interview] Nikola Vucevic : « J’ai envie de tout faire au All-Star Game ! »

Rédigé le 09/02/2019
Antoine Bancharel

Vous trouverez difficilement un All-Star plus humble et plus simple que Nikola Vucevic. Le grand gaillard ne fait pas de chichi, a toujours le sourire et, s’il ne cherche pas forcément à amuser la galerie, reste avenant en toute circonstance et disponible pour les journalistes. Quitte à faire du rab pour les francophones, puisqu’il parle un français parfait. Mais quand on l’avait vu à Brooklyn fin janvier, l’issue du match avait été des plus cruelles : un lay-up de son meilleur ami Evan Fournier manqué de très peu dans les dernières secondes, que le pivot avait remis dans le panier… avant de le voir annulé pour basket interference. On avait alors convenu de se parler plutôt au téléphone que dans ce vestiaire visiteur au parfum de déprime.

D’autant que quelques jours plus tard, il apprenait sa sélection au match des étoiles…

Nikola, tu peux nous raconter un peu comment tu as vécu l’annonce des All-Stars, notamment parce que c’était juste avant le match contre Indiana ?

Oui, en fait on jouait ce soir-là ! Les annonces étaient juste avant le match, enfin, à l’heure du match, mais il y a toujours des choses avant. Du coup ça commence toujours un peu après. Les PR (le service presse et communication du club) étaient au bord du terrain, à regarder sur une petite télé. Donc moi je jetais un œil vers eux de temps en temps et je me préparais, tout ça, juste avant l’hymne… Et là d’un coup j’entends un « yes ! » et ils commencent tous à se taper dans la main, puis ils m’ont dit que c’était bon ! Les coaches, mes coéquipiers, tout le monde est venu me féliciter. J’étais super content, forcément ! Mes parents étaient là, dans les tribunes, en plus (les deux ont été basketteurs pro, particulièrement son père, qui a joué jusqu’à 44 ans sans manquer un match, interview sur leur relation à lire ici), donc je me suis tourné vers eux et je leur ai fait signe genre « c’est bon ! »… C’était vraiment un moment spécial quoi !

Donc tu n’as pas eu besoin de les appeler après, ou de recevoir plein de textos à la mi-temps ou après le match, ce genre de choses…

Oui, voilà ! C’était super qu’ils soient là. C’était vraiment génial de pouvoir partager ce moment avec eux. D’ailleurs ils sont encore là, et bien sûr ils vont rester jusqu’au All-Star Game et me suivre à Charlotte. Ma sœur va venir, ma femme aussi, et ça va être le premier match que va voir mon fils ! Il a deux mois, donc il ne va pas s’en souvenir, mais son premier match ça va être mon premier All-Star Game quoi… C’est important pour moi de partager ça. Ça représente tout le travail, toutes ces années.

Etais-tu sûr d’y participer ou pas ? Beaucoup de gens en parlaient dans la ligue. Et puis bon, Woj te l’avait quasiment garanti quelques jours avant dans son podcast… or on sait qu’il est bien informé !

Je savais que j’avais bien joué, que par rapport à mon jeu, j’avais vraiment des chances d’y être… mais tu ne peux jamais être sûr quoi. En plus on avait eu une mauvaise série de défaites juste avant l’annonce, donc par rapport à ça je n’étais pas sûr. C’était le truc où je me posais un peu la question. Mais oui, j’avais de bonnes stats, j’ai aidé l’équipe à gagner des matchs. Les coaches ont reconnu ça, donc je les remercie beaucoup !

« Quand je peux jouer à l’intérieur et à l’extérieur, c’est là que je suis vraiment au top »

En parlant de coaches, tu donnes beaucoup de crédit à Steve Clifford. On peut dire que c’est son système aussi qui te permet de briller à ce point cette année ?

Oui. On s’est vus pour discuter en fait, avant la saison. On a dîné ensemble et il m’a dit comment il allait m’utiliser. Et du coup ça m’a vraiment encouragé pour travailler dur cet été et arriver à fond. Il m’utilise vraiment à l’intérieur et à l’extérieur, alors que les dernières années, j’avais tendance à être décalé surtout à l’extérieur.

C’était dû au système de Frank Vogel ?

Oui, c’était le système que l’on avait. Et puis c’était un peu le management aussi. Ils voulaient que je sorte un peu plus à l’extérieur, que j’écarte plus le terrain avec mon tir à trois points. Et puis voilà, c’était juste leur décision. Ce n’était pas forcément mauvais pour moi, mais ce n’est pas aussi bien que quand je peux faire un mix des deux. Même si mon tir c’est aussi une de mes meilleures qualités, quand je peux jouer à l’intérieur, faire un mix des deux, je pense que c’est là que je suis vraiment au top. Et c’est meilleur pour l’équipe aussi, parce que ça met beaucoup de pression sur la défense. Ils ne savent pas si je vais « roll » ou « pop ». Même si je « roll », je peux faire des passes, prendre de bonnes décisions pour mes coéquipiers. Donc ça nous donne beaucoup d’options en attaque quand je joue à la fois à l’intérieur et à l’extérieur.

Qu’apprécies-tu le plus chez Clifford ? Avec Woj, tu parlais de sa communication notamment.

La façon dont il parle à l’équipe, c’est vraiment impressionnant. Il sait quoi dire à quel moment, et ça c’est vraiment pas facile. Parce que pendant une saison NBA, tu as 82 matchs, des fois tu peux avoir une très grosse victoire ou une défaite très difficile le lendemain, et il faut revenir et vite oublier ça pour continuer. Surtout après une défaite où cela peut être assez décevant. Mais il trouve le moyen et les mots pour nous relever et nous motiver. Il est vraiment très bon sur ça. C’est encore plus important quand tu as une équipe qui est jeune, qui ne sait pas forcément comment la NBA fonctionne, qu’il faut savoir oublier et passer vite au prochain match. Et lui est vraiment très bon par rapport à ça.

Et dans le jeu ?

Au niveau du jeu, il nous a amené une certaine organisation. En défense surtout, on est vraiment mieux organisés. On l’approche d’une manière qui est plus sérieuse. En attaque, il sait aussi vraiment utiliser les qualités que l’on a et comment mettre chacun dans une bonne position. Je crois que cela se voit d’ailleurs, quand les gens nous voient jouer. Quand on joue bien par contre, parce que des fois on n’est pas au mieux… Mais quand on est vraiment à notre top niveau, on est vraiment durs à battre. Et ça se voit que les systèmes qu’il a mis nous aident vraiment à être une bonne équipe.

       « J’ai pu prendre dans le basket Euro et le basket US »    

Après ta formation en Europe, tu as fait un an de high-school et trois ans à USC. Quand tu as été recruté en NBA, tu penses que l’on te regardait comme un joueur Euro ou US du coup ?

Je pense que les gens me regardaient un peu comme un mix des deux. Plus comme un joueur européen, et ça restera toujours comme ça. Le fait d’être ici, ça leur a donné une chance de me « scouter » un peu plus. Mais je n’y ai pas trop pensé honnêtement. Je pense que les gens me regardent quand même plutôt comme un joueur européen, même avec USC et tout ça. En fait, le fait de venir ici, ça m’a surtout vraiment aidé à m’adapter plus facilement, à apprendre la langue plus tôt, tout ça. Donc forcément ça m’a aidé quand je suis arrivé en NBA. Mais franchement, je n’y avais pas trop pensé avant.

Tu étais dans un environnement familier on va dire ?

Oui, surtout la culture de vie, la langue. S’habituer au style de vie ici. Et aussi la culture basket, c’est différent, comme partout dans le monde. Ça m’a aidé un peu à apprendre la culture basket US, comment les gens pensent, comment ils voient le jeu. C’est sûr que tout ça m’a aidé à faire la transition plus facilement. Et surtout je pense que cela m’a aidé à m’améliorer comme joueur. Parce que quand j’analysais mon jeu, et même le basket en général, j’ai pu voir ce qu’il y a de bien ici, ce qu’il y a de bien en Europe et j’essaie d’apprendre des deux. Il y a des qualités partout, donc j’ai eu la chance de pouvoir jouer ici et là-bas, cela m’a aidé à grandir comme joueur.

Que prends-tu du côté US ?

Rien de vraiment spécial. Plutôt les styles de jeu, la manière de voir le basket. Je ne pense pas que cela fasse une énorme différence, mais c’est quand même une chance. Pour moi, personnellement, cela m’a surtout aidé sur le côté physique. Parce qu’ici ils y font un peu plus attention quand tu es jeune, par rapport à l’Europe. Je pense que même aujourd’hui, même pour les pros, le côté physique a une grande importance, notamment la préparation physique, tout ça. Donc je pense que c’est quelque chose qui m’a beaucoup aidé à améliorer mon jeu et m’améliorer comme joueur. C’est quelque chose qui me manquait, parce que j’étais assez grand, mais j’étais maigre. Je n’avais pas vraiment la condition qu’il fallait non plus. Donc quand je suis venu ici, que j’ai commencé à travailler avec des coaches et tous les moyens qu’ils ont, cela m’a vraiment aidé à atteindre le niveau que j’ai atteint.

« Si tu veux être un grand joueur dans une grande équipe, il faut savoir gérer ça »

Celui de All-Star donc, à 28 ans… avec comme seul obstacle possible à ta sélection la série de défaites que tu évoquais. Vous jouiez alors en partie votre qualification en playoffs et tu l’avais dit à l’équipe juste avant. Même si vous êtes encore dans la course, comment le groupe a vécu cette passe compliquée, notamment parce que tout le monde avait verbalisé le côté « do or die » ?

En fait, le truc le plus décevant pour nous, après que j’ai dit ça… Même si je n’ai rien dit de spécial non plus, j’ai juste dit à l’équipe que c’était un moment très important pour nous dans la saison, qu’on avait perdu des matchs et qu’il fallait que l’on récupère et que l’on gagne des matchs, si on ne voulait pas que ce soit un trop grand trou. Que ce serait difficile de revenir sinon. Mais au final, on avait très bien répondu à Atlanta et même à Brooklyn, on avait joué assez bien, c’est juste que l’on n’a pas réussi à terminer le match. Il y a eu plusieurs matchs comme ça dernièrement, où l’on menait de même 10 ou 15 points et on n’arrivait pas à conclure. C’est ça en fait qui était très décevant. Mais les derniers matchs on a fait mieux, on a réussi à finir comme il faut et on doit continuer comme ça. Même si on n’a pas joué énormément bien ces dernières semaines, on est à deux matchs des playoffs (ils sont en effet à 2 victoires du huitième, Miami, mais ont aussi 4 défaites de plus), il y a encore beaucoup de matchs à jouer et beaucoup de choses à faire. On a encore de grandes chances de faire les playoffs et de maintenant à la fin de la saison, il faut que l’on ait un bilan positif. On n’a pas beaucoup le droit à l’erreur. C’est la réalité.

On regarde un peu le calendrier dans ces cas-là, ou même pas ?

Je pense que non. On doit approcher chaque match comme un match que l’on doit gagner. On doit donner le maximum et on ne peut pas choisir. C’est un peu le cas pour tout le monde, mais nous dans notre situation peut-être encore plus spécialement. On doit essayer de battre tout le monde. Et on a réussi à battre de bonnes équipes cette saison ! Je pense qu’il y a moyen, quand on joue très bien, on a des chances de battre tout le monde.

Vous avez effectivement battu Toronto, Boston, ce genre d’équipes…

Oui, on a fait de gros matchs ! On a battu Houston, on a battu Boston deux fois, on a battu Philly, les Lakers les deux fois aussi. Même le deuxième contre Houston, là-bas, on a fait un beau match même si on a perdu (98-103). Donc on a montré qu’on peut le faire. C’est juste qu’il faut qu’on le fasse pendant 48 minutes et que ce soit à chaque fois.

Vous sentez une certaine pression du coup ? Le côté « chaque match est un match 7 » avait été évoqué…

Bah en fait, il y a un peu plus de pression maintenant quoi qu’il arrive. C’est normal ! La fin de saison approche. C’est fou de penser que l’on a déjà fait cinquante et quelques matchs ! Mais c’est normal ! A partir de maintenant, et surtout après le All-Star break, chaque match est très important pour nous. C’est comme ça. Ça va toujours être ça pendant toute la saison, mais quand tu vois la fin qui approche, que c’est vraiment là le moment, tu le sens un peu plus. Mais bon, encore une fois, c’est normal, c’est comme ça dans notre boulot et il faut l’accepter. Si tu veux être un grand joueur dans une grande équipe, il faut savoir gérer ça. Donc ce n’est pas un match 7 comme en playoffs, où si tu perds tu rentres chez toi, mais il faut quand même avoir cette mentalité.

Votre souci c’est donc vraiment la régularité ?

Oui, je pense que c’est vraiment ça notre souci. On n’est pas constant avec tout en fait. Des fois, on a des matchs où on joue très bien, ça arrive aussi ! Mais souvent on a des matchs où on fait un quart temps très bien, un autre moins… Ou même des fois, on va faire 42 minutes super, et les six dernières minutes on va faire n’importe quoi et on perd ! Il faut que l’on soit vraiment réguliers, que ce soit chaque match, chaque minute. C’est vraiment le seul moyen pour nous. Surtout notre défense ! Parce que la réalité, c’est qu’en attaque, on n’a pas vraiment les grands, grands scoreurs de cette ligue. Mais notre défense, on peut la contrôler tout le temps. Et quand elle est bonne, elle nous donne une chance de gagner chaque match.

« Evan a toujours confiance en lui »

D’autant qu’Evan a eu des problèmes avec son tir toute la saison, à part quelques semaines fin décembre et début janvier (et sur 5 des 6 derniers matchs). Vous êtes si proches, tu lui dis quoi dans ces moment-là ?

Ce n’est pas facile, forcément, quand ton tir ne va pas. Surtout pour quelqu’un comme Evan, qui est surtout un scoreur. Et qui sait que les dernières années il était très bon en attaque pour nous. Mais ça arrive hein ! Dans la carrière de chaque joueur, tu vas avoir des hauts et des bas. Et en même temps, même si son pourcentage n’était pas aussi bon que d’habitude, cette année il est très bon en défense, il a fait des matchs contre des grands joueurs NBA et il a été très bon. Il a mis des gros tirs aussi ! Donc quelque part, ça n’a inquiété personne. Et quand on en parle, il n’est pas trop inquiet. Il sait que ça fait partie du basket, de la carrière de chaque joueur. Il faut savoir juste pousser, continuer à travailler et ça va venir. Ç’a été mieux sur une certaine période oui, mais en fait si tu regardes, tu vois que toute l’année il a fait de gros tirs, donc ça veut bien dire qu’il a confiance en lui !

Il a d’ailleurs eu ses deux buzzer-beaters en carrière cette année…

Ouais ! Donc voilà… D’ailleurs, si je me rappelle bien, il y a au moins un de ces deux matchs-là où il n’avait pas tiré très bien, et il met le buzzer-beater (il était effectivement à 4/14 dont 2/9 à 3 pts lors du premier contre Cleveland). Il y avait même eu d’autres matchs, où ce n’était pas des buzzers, mais c’était des gros tirs qu’il mettait en fin de match. Donc je pense qu’il a toujours confiance en lui, et que les pourcentages ça va revenir, ce n’est pas si grave que ça quoi. Et nous aussi on a confiance en lui.

Sur le premier buzzer-beater d’Evan, Nikola court vers lui comme un fou :

On en a déjà pas mal parlé, vous avez tous les deux des parents sportifs pros qui vous ont aidé dès petits sur la partie mentale dans les coups durs…

Bien sûr, quand tu as des parents qui sont des sportifs pros, et des grands sportifs pros, qui ont eu une grande carrière, c’est sûr que cela t’aide encore plus. Ses parents allaient aux Jeux olympiques, et ils savent qu’il y a des hauts et des bas, et comment les gérer. Donc c’est clair que c’est un avantage et que c’est super pour nous d’avoir des parents comme ça.

Pour finir, que veux-tu voir le plus au All-Star Game ?

Franchement, tout ! Comme c’est ma première fois, j’ai envie de tout faire, voir comment tout est sur place. Bien sûr, c’est avant tout le match (il participera aussi au Skills Challenge), mais j’ai vraiment envie de voir comment tout cela se passe. Je l’avais fait comme rookie, mais là All-Star ce n’est pas la même chose et j’ai vraiment envie de voir comment c’est sur place.

Propos recueillis par Antoine Bancharel, à New York

Explorez le « Ma NBA » avec Nikola ici

Et son interview sur sa relation avec son père joueur pro ici

Voire l’interview croisée avec Evan Fournier sur leur amitié ici